Devenir parent: une transition importante dans le développement de l’adulte

L’arrivée de notre bébé au sein du cocon familial a beau avoir été une décision réfléchie qui a mûrie au gré des neuf mois de cohabitation dans le ventre de la mère, je pense que plusieurs, tout comme je l’ai vécu, vivront ce bref instant de panique en déposant la coquille qui contient notre humain tout neuf au milieu du salon, au retour de l’hôpital, en se demandant: “Et maintenant, il se passe quoi?”. Je me souviens des quelques jours où je semblais avoir perdu tous mes repères dans mon propre appartement, à découvrir une petite vie qu’on aime tant sans vraiment la connaître, et des semaines où je devais tranquillement apprendre ce que serait ma nouvelle routine, mon nouveau rôle.

Les premiers jours avec ma Charlotte, capturée par Alexandra Quinn

Devenir parent nécessite le développement d’une foule de nouvelles compétences, et même si on a déjà appris comment changer une couche et qu’on a côtoyé de petits bébés, il ne sera pas nécessairement possible de faire un transfert de ces apprentissages sur notre propre bébé, puisqu’il y a une tonne d’éléments. Son arrivée n’est pas synonyme de tâches à remplir, c’est plutôt un tout nouveau rôle qui nous définit qu’on doit apprendre à apprivoiser et c’est une étape du développement adulte qui nécessitera une adaptation.

Acquérir les compétences requises pour bien assumer son rôle de parent est une tâche exigeante et progressive puisqu’elle nécessite des ajustements constants en fonction du développement de l’enfant. Ceci nécessite de la part du parent qu’il devienne moins dépendant, plus proactif, qu’il assume davantage de responsabilités et qu’il clarifie sans cesse ses valeurs. Dans de telles conditions, il semble possible de présager que le fait de devenir parent constitue une expérience personnelle de développement. 

Bélanger, S. (2017). La parentalité un processus développemental: relations entre compétences parentales et conceptions de la parentalité.

Changement radical dans les habitudes de vie

Je me souviens avoir tenté de ralentir mon rythme quotidien avant l’arrivée de mon fils; mon premier bébé. Je savais que je ne pourrais plus consacrer autant de temps aux sphères relationnelles et professionnelles. Sans dire que la parentalité empêche de se réaliser sur d’autres plans, il est peu probable qu’on maintienne la cadence de cette vie d’avant. Même préparée à cette idée, il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver l’équilibre entre toutes les dimensions qui me définissaient comme femme: j’étais maintenant mère, mais je voulais demeurer une professionnelle qui s’épanouissait et qui continuait de se nourrir par différents projets, tant sociaux que personnels. Je pense toutefois qu’il m’a fallu savoir m’arrêter, surtout lors de la première année, pour retrouver cette symétrie dans mon mode de vie. Combien de fois je me suis ordonné de profiter des après-midis à bercer mon petit, en me rappelant que ces moments seraient temporaires et qu’ils passeraient plus vite que ça en paraissait. Ceci étant dit, il n’y a pas de manière universelle de traverser ce chamboulement de nos habitudes de vie, puisque nous avons tous des réalités et des personnalités différentes, mais de connaître la normalité d’avoir à s’y faire est déjà un premier pas dans la bonne direction de l’adaptation.

Dynamique de couple bousculée

Il est tout à fait attendu que la dynamique au sein du couple soit quelque peu chamboulée. D’abord, il y a encore plus de raisons d’échanger et de confronter des points de vue puisqu’on tente à deux d’accompagner un petit être dans son développement. Les conflits et les remises en question peuvent être plus fréquents, et c’est tout à fait normal. Il ne faut pas oublier qu’à moins d’être soloparental, il y a deux personnes qui s’adaptent en même temps à ce nouveau rôle de parent. Plus on a de bonnes habitudes de communication, plus on risque de s’exprimer dans un climat favorable aux échanges. La sexualité au sein du couple est sujette aux changements. On aborde peu les impacts de la grossesse et de l’accouchement sur le désir et sur la sexualité, mais ils sont bien présents. Que ce soit en raison de différents inconforts physiques (sensibilité accrue aux seins ou à la région pelvienne), de la fatigue ou de l’adaptation au corps qui change, le désir et la fréquence des relations sexuelles peuvent être altérés. Il y a aussi le déplacement affectif vers l’enfant qui n’est pas à négliger. Notre bébé sollicite énormément notre proximité et une grande partie de notre affection y sera dédiée. Il est très normal qu’une fois que le parent se retrouve seul, il ou elle ait besoin de sa bulle et que l’envie de se rapprocher physiquement du partenaire soit moindre.

Comparaison sociale et abondance d’informations

Avec Internet et les réseaux sociaux, on a accès à une tonne d’informations sur la parentalité et le développement de l’enfant au bout de nos doigts. Je me permets d’utiliser l’expression “trop c’est comme pas assez” pour nommer l’effet pervers du trop-plein de données. D’abord, les nombreuses sources peuvent être angoissantes: sur quelles me fier? En plus, avec les méthodes nombreuses et les approches variées, les informations peuvent différer. Lesquelles sont bonnes? Sans oublier que bon nombre de personnalités du monde numérique sont loin d’être qualifiées dans le domaine de l’éducation, mais se permettent de partager leurs expériences qui deviendront pour certain.es une source valide et fiable. Il est aussi facile de se comparer aux personnes qui partagent leur quotidien via les réseaux sociaux en oubliant tous les facteurs d’influence qui viennent interférer dans la fidélité de cette mesure comme point de comparaison.

Je pense qu’en tant que parent, il faut d’abord trouver une plateforme d’information pour les informations générales (le guide Mieux vivre avec notre enfant est une source fiable), puis prendre l’information auprès de professionnels qui nous rejoignent et nous inspirent pour le reste. De plus, quand les réseaux sociaux deviennent une source de stress et d’affliction face à notre rôle de parent, la meilleure chose à faire est de limiter le contenu auquel on s’expose.

Facteurs susceptibles d’influencer la satisfaction parentale

Il y a plusieurs facteurs qui peuvent influencer le niveau de satisfaction face au nouveau rôle de parent.

Âge des partenaires

Devenir parent à moins de vingt ans peut comporter plus de défis que de le devenir à la fin de la vingtaine. Évidemment, il y a plusieurs nuances à apporter puisque cela dépend toujours de la qualité du réseau et des facteurs socioéconomiques entourant les parents, mais il y a plus de chances que les parents ayant accumulé quelques années d’expérience sur le marché du travail et dans “la vie d’adulte” soient confrontés à quelques difficultés en moins. Le niveau d’instruction et la situation économique sont aussi des facteurs qui peuvent influencer la satisfaction parentale: être confronté à un stress financier en même temps que de s’adapter au rôle de parent peut être un défi et un manque d’instruction peut parfois traduire de moins bonnes capacités à chercher des informations valides et fiables sur la parentalité et le développement de l’enfant, pour ne nommer que ces possibilités.

Âge du couple

Un couple récemment engagé qui a eu moins d’occasions d’échanger sur leurs valeurs, leurs points de vue concernant l’éducation d’un enfant ou de la place de la famille dans leur vie peut être confronté à plus d’insatisfactions si les conceptions diffèrent. À l’inverse, un couple qui se connaît bien et qui a su se construire au gré des échanges et des expériences entre les partenaires peut être une base solide lorsque vient le temps d’entamer l’aventure de devenir parent, qui est un travail d’équipe. L’âge du couple ne traduit donc pas nécessairement le nombre d’années passées ensembles mais le niveau de maturité de la relation, de la connaissance de chacun et du partage des tâches établi.

Estime de soi et personnalité

La valeur qu’on s’accorde en tant que personne a certainement un impact sur la façon de vivre les différentes étapes de notre vie: si l’on a l’impression d’avoir quelque chose à offrir à nos enfants et qu’on se sent compétent en tant que parent, ce sera plus facile de s’accomplir dans ce nouveau rôle. De plus, si nous sommes des adultes avec une bonne capacité d’imprévision, un bon sens de l’humour qui nous permet de dédramatiser, une bonne tolérance à la nouveauté et des attentes réalistes envers soi-même, notre partenaire et notre bébé, ce sera aussi plus facile de s’adapter à la parentalité.

Tempérament du bébé

Comme je le mentionne dans le texte dédié au tempérament du bébé, nous arrivons toustes au monde avec un bagage bien à nous et des traits qui modulent nos approches à différentes situations. Certains bébés seront plus imprévisibles, plus intenses dans leurs réactions et plus réactifs au changement, ce qui implique beaucoup plus d’ajustements pour un parent que dans le cas d’un bébé peu dérangé par les nouvelles personnes ou situations et qui a des besoins plus prévisibles. Si le bébé sollicite constamment notre adaptation et nos soins, le quotidien peut devenir une source de frustrations, de découragements et de sentiment d’incompétence. Bien sûr, le parent développera des stratégies au fil du temps et le bébé développera peu à peu ses habiletés à faire face aux situations plus difficiles, mais ça peut entrainer davantage de défis, surtout les premiers mois.

Âge des enfants

Chaque période du développement de l’enfant comporte ses défis et ses avantages. Par contre, moins l’enfant est autonome et plus le parent devra déployer de l’énergie pour répondre à ses besoins, ce qui peut altérer la satisfaction parentale. La littérature note souvent une augmentation de la charge mentale des parents lorsque les enfants sont à l’école, en raison des apprentissages scolaires à superviser, aux relations sociales qui s’accumulent, aux loisirs et aux cours des enfants, etc. Savoir s’organiser et planifier les horaires à ce moment est une façon de limiter le stress qui peut augmenter à ce moment.

Parent de un, deux, trois…

Bien que la transition initiale s’applique surtout aux nouveaux parents, le fait d’accueillir un deuxième ou un troisième enfant implique aussi un ajustement et une adaptation au rôle de parent. Ainsi, cette transition et ses impacts peuvent se perpétuer au gré des nouveaux membres qui composent la famille. Il est parfaitement normal de trouver cette étape difficile ou du moins remplie de défis et l’adaptation nécessaire sera variable d’un adulte à l’autre selon les différents facteurs présents.

Rédigé par Laurence Morency-Guay. Avril 2022.

Pour en apprendre davantage sur les concepts présentés ici…

Bélanger, S. (2017). La parentalité un processus développemental: relations entre compétences parentales et conceptions de la parentalité.

Helm, H. M., Crouter, A. C. et McHale, S. M. (2003). Marital quality and spouses’ marriage work with close friends and each other. Journal of Marriage and Family, 65(4), 963-977.

Published by Laurence M. G.

Professeure de psychologie, spécialisée en développement humain.

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