Pourquoi ne dorment-ils pas?

Je pense que la question “Est-ce que bébé fait ses nuits?” se pose aussi souvent, car le sommeil des tout-petits est pour certains un réel casse-tête. On ressent immédiatement de l’empathie face aux autres parents qui partagent notre réalité de nuits trop courtes tout comme on a l’impression d’accomplir l’impossible quand notre progéniture dort enfin sans interruption. Pour certains bébés, le sommeil se gagne en douceur, sans intervention précise. Pour d’autres, une multitude de facteurs viennent interférer avec ces heures de repos, rendant les routines des siestes et des nuits plus ardues pour les parents!

Ma mini bébé fille, capturée par la talentueuse Alexandra Quinn

Combien d’heures ça dort, un bébé?

Un nouveau-né peut dormir en moyenne 22 heures sur 24, et un bébé âgé entre 1 et 3 mois peut dormir entre 14 à 17 heures dans une journée. De 4 à 11 mois, on peut s’attendre à ce que bébé dorme 12 à 15 heures sur 24, et dès 1 an, le bébé va généralement dormir de 11 à 14 heures en tout dans une journée. Ces données, qui se retrouvent sur le site de Naitre et Grandir, sont des moyennes pour aider à se situer dans les besoins du bébé, mais il ne faut pas oublier que chaque enfant est unique et que c’est possible que votre petit en ait besoin d’un peu plus ou d’un peu moins que ce qui est indiqué.

Est-ce que mon bébé dort suffisamment?

Des questions qui me sont fréquemment posées portent sur la durée des nuits et des siestes, à savoir si c’est suffisant pour le bébé. Bien que nous ayons une idée du nombre d’heures moyen que les bébés risquent d’avoir besoin en terme de sommeil dans une journée, il est possible que votre petit dorme moins que ça et que ce soit suffisant. Certains bébés dormiront plus longtemps la nuit et feront de plus petites siestes, et d’autres auront tendance à se lever tôt le matin (à notre plus grande déception!), mais feront de plus longues siestes. En fait, il suffit d’être attentif aux comportements du bébé. Si votre mini fait de très courtes siestes, par exemple, mais qu’il est enjoué, éveillé et ne démontre pas de signes de fatigue (comme bailler, se frotter les yeux, laisser tomber sa tête sur votre épaule, s’endormir immédiatement en poussette ou en voiture, etc.), c’est peut-être suffisant pour lui. Toutefois, s’il se réveille après une trentaine de minutes, mais qu’il pleure facilement, n’est pas intéressé à explorer et semble maussade, c’est probablement parce qu’il n’a pas dormi assez longtemps. À noter qu’avant 6 mois, c’est plus difficile de percevoir des signaux de fatigue clairs et qu’elle se traduira davantage par une augmentation des pleurs. Chose certaine, la première question qu’un parent doit se poser en regard au sommeil de son petit est s’il dort suffisamment selon ses besoins.

À noter que ce sont des repères et que vous pouvez observer des différences pour votre bébé.

Est-ce que j’offre des conditions optimales pour le sommeil de mon bébé?

Bercer jusqu’au sommeil, allaitement aux réveils, co-dodo, laisser ou ne pas laisser bébé pleurer… Nous avons tous nos petites habitudes et des routines variées pour endormir nos petits et plusieurs parents se demandent souvent si leur façon de faire est adéquate. C’est assez difficile de fournir une réponse universelle à cette question puisqu’une multitude de facteurs influencent nos choix en tant que parent et il n’y a pas qu’une méthode qui soit bonne. Je pense qu’après s’être penché sur le besoin de sommeil de nos bébés, il faut veiller à bien détecter leurs besoins sous-jacents. Oui, ils ont besoin de dormir, mais certains auront aussi un besoin de stabilité à combler ou encore un fort besoin de réconfort. Si ce que vous avez mis en place fonctionne pour vous et bébé, que ce soit le co-dodo sécuritaire, l’endormir dans vos bras ou encore refuser de le laisser pleurer, pourquoi changer? Je sais que nous avons hâte de retrouver nos nuits sans interruptions, l’intimité dans notre lit ou simplement un sommeil suffisant, mais quand on cherche à ce que bébé n’ait plus du tout besoin de nous, est-ce qu’on pense à l’enfant ou à nos propres besoins à nous? Important d’y réfléchir. Lorsque vous êtes là pour rassurer bébé durant la nuit ou pendant ses siestes, vous répondez non seulement à son besoin de sommeil puisque vous l’aidez à mieux dormir, mais vous répondez à ses besoins de réconfort et c’est primordial de le faire afin que le bébé développe un lien d’attachement sécurisant.

Il y a toutefois un bémol. Il importe de pouvoir identifier si on répond effectivement à un réel besoin, ou si nous ne faisons que renforcer certains comportements qui nuiront au sommeil de bébé à plus ou moins long terme. Je m’explique. Si votre mini commence à se réveiller la nuit et que la seule façon de l’apaiser est de le prendre, le bercer et de lui donner de l’attention (ce qui l’empêche de retrouver seul son sommeil), on renforce ici son comportement d’interrompre sa nuit afin de pouvoir interagir avec vous. Vous observez donc qu’à plus long terme, son sommeil en est affecté, puisqu’il ne dort pas suffisamment étant occupé à se tenir éveillé afin de pouvoir profiter de moments avec vous. Je vous dirais toutefois qu’avant 6 mois, il est assez rare qu’on observe ce genre de comportements. Un bébé de 0-6 mois qui pleure exprime un besoin (il a faim, il a chaud/froid, il a besoin de réconfort, etc.), et non seulement un intérêt d’explorer et d’interagir.

Comment intervenir si mon bébé a besoin d’un coup de pouce pour trouver le sommeil?

Si votre bébé n’a pas un besoin de réconfort et que vos bras ne sont qu’un prétexte pour étirer les moments de jeux et de contacts, il faut aider votre petit à trouver son sommeil. Il y a plusieurs méthodes béhavioristes qui visent à enseigner aux bébés à s’endormir seul, comme la populaire technique du 5-10-15. Cette technique est en fait une façon de réduire la réponse envers un comportement (ici, réduire l’attention portée à l’enfant quand il pleure, afin de diminuer son comportement de pleurer aux réveils). Mon avis sur cette technique est que c’est presque assuré que ça va fonctionner si appliquée de la bonne façon puisque l’humain apprend par conditionnement. Je pense par contre que certains enfants y seront super réceptifs, mais que ceux qui ont un réel besoin de réconfort ne seront pas gagnants sur les plans de l’attachement puisque le parent évite ainsi de fournir une réponse adaptée à ce qu’exprime l’enfant. Je suis d’avis que la meilleure façon d’enseigner un nouveau comportement à un enfant sans ignorer ses besoins est d’y aller graduellement. On peut l’aider à retrouver son sommeil tout en répondant à un besoin de réconfort. Les premiers jours, on peut le bercer si ça l’aide à s’endormir. Puis, on va tenter de le laisser s’endormir dans son lit, mais en lui offrant notre réconfort en posant notre main sur son ventre, par exemple. Après quelques jours, on se tient près de son lit sans le toucher, mais en lui chantant une berceuse. Ensuite, on reste près sans chanter, jusqu’à être présent que dans l’embrasure de la porte et éventuellement sans avoir besoin d’être présent du tout. On fait une sorte de désensibilisation en douceur.

Si bébé manifeste un changement spontané dans ses habitudes de sommeil en se levant dans son lit ou en sortant carrément de sa chambre s’il est plus vieux, et qu’il ne semble pas avoir besoin de réconfort mais qu’il cherche plus de l’attention de façon négative, on ne veut pas renforcer ce comportement et on veut surtout le diminuer. Il faut donc user d’interventions classiques de punition négative: soit retirer toute forme d’attention et l’ignorer. Simplement le remettre dans son lit et ne pas intervenir plus que ça. Il se peut que vous ayez à le mettre dans son lit 10, 15, 40 fois, mais il faut être consistant et cohérent et persévérer. Je vous assure que ça finira par porter fruit et ici, l’enfant ne sera pas “perturbé”, puisque nous sommes allés dans l’intérêt de son sommeil et du maintien de bons comportements (comme rester calme quand il faut dormir).

Évidemment, tout ça est du cas par cas! Les enfants sont tous uniques, les parents sont aussi des humains avec des caractères et des styles qui leurs sont propres et il y a une multitude de milieux dans lesquels parent et enfants évoluent, ainsi il y a toujours plusieurs facteurs à prendre en compte. Si vous avez besoin de conseils plus spécifiques, n’hésitez pas à me contacter.

Le mot de la fin…

J’aimerais avoir la solution miracle pour vous, mais malheureusement il n’y en pas. Soit vous allez devoir travailler fort pour aider votre petit, soit vous allez endurer encore de longues nuits à répondre aux besoins de votre bébé avant de répondre à vos propres besoins de sommeil. Dans tous les cas, ce sera difficile, mais il faut se rappeler que tout est temporaire et que lorsqu’ils seront des ados, on pourra toujours se venger et les réveiller aux petites heures du matin…juste pour le plaisir!

Rédigé par Laurence Morency-Guay. Mars 2020.

Pour en apprendre davantage sur les concepts présentés ici…

ADAM, G. C., STOOPS, M. A., SKOMRO, R.P. (2014). A longitudinal study of child sleep in high and low risk families: Relationship to early maternal settling strategies and child psychological functioning. Sleep Medicine Reviews, 18(6), 495-507.

SHERIDAN, A., MURRAY, L., COOPER, P.J., EVANGELI, M., BYRAM, V., HALLIGAN, S.L. (2013) A longitudinal study of child sleep in high and low risk families: Relationship to early maternal settling strategies and child psychological functioning. Sleep Medicine, 14(4), 266-273.

SADEH, A., TIKOTZKY, L., SCHER, A. (2010). Parenting and infant sleep. Sleep Medicine Reviews, 14(2), 89-96.

Published by Laurence M. G.

Professeure de psychologie, spécialisée en développement humain.

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